Créateur des repas de gala avec reconstitution historique moyenâgeuse au Palais des Papes, il me fallait diriger une centaine de personnes entre le personnel, les artistes et les figurants ; ces derniers étant presque toujours des étudiants, amis de mon fils aîné très heureux de se faire de l’argent de poche.

Je demandais très souvent à mes artistes d’inventer de nouvelles animations à la seule fin de meubler des retards toujours possibles dans le service. Le chef d’une de mes excellentes équipes spécialisées dans le “main à main” me propose un numéro de Fakir avec planche à clous. Je trouve l’idée géniale, et le repas suivant, il me fait une démonstration tout à fait réussie. Il arrive, un turban sur la tête, torse nu sous une grande cape. Il se couche sur la planche à clous et fait ensuite monter sa partenaire, qui prend position sur son ventre en s’aidant d’un tabouret. En fait, il y a un “truc”, le Fakir ayant une plaque de cuir sur les fesses (cachée dans sa culotte) et une autre derrière la nuque (cachée sous son turban). Son poids et celui de sa partenaire sont supportés par les plaques de cuir, et les clous ne font que frôler son dos.
Gérard, le responsable des artistes, resta à côté de lui cette première fois dans le cas d’un accident, mais il me confirma qu’il n’y avait aucun danger et tout se passa très bien.
5 à 6 mois après, jour de liesse, le fils du Fakir à terminé son service militaire et rejoint la troupe. Il assiste au numéro de la planche à clous et demande à son père s’il peut monter lui aussi. Dans l’affirmative, ce grand benêt de 1 m 90 et 110 kg prend son élan et saute à pieds joints sur la poitrine du Fakir.
Horreur ! Tous les clous s’enfoncent dans son dos, et quand le fils s’aperçoit de son erreur, il est déjà trop tard. Gérard lui, a tout vu, il se précipite avec la grande cape dont il recouvre le Fakir et le tire par les bras de toutes ses forces, le décolle des pointes, l’entoure avec la cape et le propulse vers les coulisses.
La scène se passa en quelques secondes, il n’y eut ni plainte, ni cri, en toute circonstance, il faut respecter le public, c’est la dure loi du cirque !
Dans les coulisses, on pratique déjà les premiers soins au Fakir, il a le dos en sang, tous les clous sont entrés profondément. A ce moment-là, arrive son fils…
“Papa, je ne l’ai pas fait exprès ! Le père-Fakir en reste sans voix, et son air excédé déclenche une franche rigolade…

Créateur des repas de gala avec reconstitution historique moyenâgeuse au Palais des Papes, il me fallait diriger une centaine de personnes entre le personnel, les artistes et les figurants ; ces derniers étant presque toujours des étudiants, amis de mon fils aîné très heureux de se faire de l’argent de poche.

Par Helen Louis